Moria

Latin : morio : bouffon.

Définition 

La moria est un trouble neurologique se caractérisant par un excès de jovialité, associé à une excitation euphorique donnant une certaine tendance à la plaisanterie.

 

 

Généralités 

La moria s'observe en particulier en cas de tumeur du lobe frontal cérébral. Ce lobe est illimité en arrière par la scissure de Rolando et par la scissure sylvienne.

Le cerveau est constitué de ieurs lobes (le terme lobe désigne une partie arrondie et bien délimitée d'un organe).

 

 

 

La moria a été signalée par Bruns et Jastrowitz, au cours des tumeurs du lobe frontal.

 

ANATOMIE ET PHYSIOPATHOLOGIE

Le cerveau est divisé en 2 hémisphères symétriques par un sillon antéropostérieur (d'avant en arrière). Un grand nombre de scissures divisent chaque hémisphère en lobes.
Le cerveau est constitué de substance blanche (au centre) et de substance grise (en périphérie : écorce cérébrale). Cet organe du système nerveux central contient des cavités liquidiennes, dont les importantes sont les 2 ventricules latéraux.

Les lobes du cerveau sont :

Le lobe frontal est limité en arrière par la scissure de Rolando et par la fissure sylvienne. Il comprend le tiers avant de l'hémisphère cérébral.

L'écorce motrice du lobe frontal, c'est-à-dire la frontale ascendante, zone numéro 4 de Brodmann, contient des cellules pyramidales géantes de Betz, et les axones au départ de la voie pyramidale (corticospinale).
Chaque partie de l'écorce motrice de la frontale ascendante permet de bouger une partie du corps. La partie interne et supérieure de la frontale ascendante exerce un contrôle sur les mouvements des membres inférieurs et du pied.

  • La partie inférieure gère les mouvements du visage, du larynx et de la langue.
     
  • L'écorce motrice des hémisphères côté droit gère les mouvements de la moitié gauche du corps, et inversement. L'écorce motrice correspondant à la zone 6 de Brodmann commande les actes complexes et ordonnés, mais en cas de lésions de cette zone la mobilité volontaire est gardée.

Les centres moteurs du langage se trouvent au niveau de la zone 44 de Brodmann et dans les centres de Broca. Le centre moteur du langage se situe dans le tiers postérieur de F2 et F3 au niveau de l'hémisphère qui domine, c'est-à-dire gauche chez le droitier. Ce centre contrôle la transmission des idées et le langage écrit et parlé. Une atteinte du cerveau à ce niveau entraîne une aphasie (altération du langage faisant suite à une lésion cérébrale) motrice.

Le lobe pariétal est limité en avant par la scissure de Rolando et en bas par la scissure sylvienne. En arrière, le lobe pariétal est limité par la scissure pariéto-occipitale. Cette zone du cerveau comprend l'écorce sensitive et la zone psycho-sensorielle.

L'écorce sensitive, c'est-à-dire la pariétale ascendante, correspond aux zones 3, 1 et 2 de Brodmann. Il s'agit de la pariétale ascendante qui reçoit, par l'intermédiaire des neurones du thalamus, les sensations provenant des muscles, de la peau, des tendons et des articulations de l'organisme, mais du côté opposé du corps. La destruction de la pariétale ascendante d'un côté s'accompagne, dans la zone controlatérale, d'une anesthésie généralement non complète. L'irritation de l'écorce sensitive entraîne l'apparition de paresthésies (fourmillements), et de sensations douloureuses du côté opposé de l'organisme. On observe à la suite l'apparition de crises d'épilepsie de type bravais-jacksonienne.

La zone psycho-sensorielle se situe en arrière de la pariétale ascendante. A l'intérieur de la zone psycho-sensorielle, qui est très complexe, s'élaborent les sensations qui sont également enregistrées à ce niveau. Les lésions de cette région entraînent une astéréognosie, c'est-à-dire une perte de la possibilité pour un individu de reconnaître un objet en le touchant. On constate également une hémiasomatognosie (affection qui se caractérise par le fait que le patient refuse de reconnaître comme sienne la moitié paralysée). Il s'agit du syndrome d'Anton-Babinski qui est le résultat d'une atteinte pariéto temporal. L'enregistrement des mots écrits se fait à l'intérieur de la zone 39 et 40 de Brodmann. Une destruction de cette zone aboutit à l'impossibilité de lire et d'écrire. On parle dans ce cas d'agraphie et d'alexie.

Le lobe occipital se situe en arrière du cerveau (pôle postérieur). Il est divisé sur sa face interne par la scissure calcarine. Autour de cette dernière se trouve l'écorce visuelle appelée également area striata, ou zone 17 de Brodmann.

Au niveau de l'écorce visuelle aboutissent les neurones provenant de la rétine (les fibres du nerf optique croisent partiellement la ligne médiane au niveau du chiasma optique). La moitié gauche du champ visuel se projette sur l'hémisphère droit, et inversement. La destruction de l'écorce visuelle d'un côté entraîne une hémianopsie homonyme controlatérale, qui est la perte ou diminution de la vue dans une moitié du champ visuel. Le terme homonyme désigne une lésion ou un trouble concernant 2 organes placés du même côté (tous deux à droite ou à gauche du plan médian).

La vision maculaire, c'est-à-dire provenant d'une autre zone de la rétine, est conservée. Ceci est dû à la projection des neurones provenant de cette zone de la rétine dans le cortex bilatéral. Les lésions des zones d'association visuelle du côté de l'hémisphère qui domine entraînent des troubles de l'orientation dans l'espace et des troubles de la reconnaissance des objets dans une moitié du champ visuel : on parle dans ce cas d'agnosie visuelle.

Le lobe temporal repose dans la fosse moyenne du crâne. La scissure sylvienne sépare le lobe temporal du lobe frontal et du lobe pariétal. Le lobe temporal contient les aires auditives (écorce auditive : permettant d'entendre les sons), et précisément la zone 41 de Brodmann. Les hallucinations auditives qui surviennent quelquefois sont le résultat de lésions de type irritatif.

Le centre sensoriel du langage (centre de Wernick) se situe dans l'os temporal à la partie postéro-supérieure (gyrus supramarginalis). Les lésions survenant à ce niveau engendrent une impossibilité de comprendre le langage entendu, alors que l'audition est normale. On parle dans ce cas d'aphasie sensorielle de Wernicke.

L'écorce olfactive (sens de l'odorat) se situe également dans le lobe temporal, précisément au niveau de la partie interne du lobe temporal au niveau du gyrus uncinatus et de la circonvolution de l'hippocampe. Les hallucinations gustatives (quelquefois insupportables) apparaissent avant certaines crises d'épilepsie, que l'on appelle les crises uncinées.

 

SYMPTÔMES DE LA MORIA

Le syndrome cérébral est un ensemble de symptômes dûs à une lésion du lobe frontal du cerveau. Selon la localisation de la lésion, l'examen neurologique met en évidence des troubles différents. 

Quand la lésion siège au niveau de la frontale ascendante (zone motrice), la lésion entraîne des troubles moteurs à type d'épilepsie et de paralysie dans l'ensemble de la moitié du corps opposée à la lésion. Au cours du syndrome frontal juxta-rolandique les troubles moteurs concernent la jambe, le bras, la face.

Quand la lésion se localise à la partie antérieure (avant) du lobe frontal, comme c'est le cas au cours du syndrome préfrontal, on constate d'importants troubles psychologiques. Il peut s'agir :

  • d'inattention
     
  • d'indifférence
     
  • d'inactivité
     
  • d'euphorie
     
  • de désorientation

Certains patients, présentent d'autre part :

  • des troubles de l'équilibre (on parle d'ataxie frontale de Bruns)
     
  • une anosmie (perte totale ou partielle de l'odorat)
     
  • une légère paralysie du visage
     
  • une anarthrie (appelé également aphasie motrice sous cortical de Déjérine) : trouble du langage qui consiste uniquement dans l'impossibilité d'articuler des sons. Le patient atteint d'anarthrie comprend parfaitement ce qu'on lui dit mais au cours d'une lecture, il ne peut prononcer le mot qu'il est en train de lire. Ceci n'empêche pas le patient d'indiquer le nombre de syllabes contenu dans le mot qu'il essaye de lire mais qu'il ne peut prononcer, en pressant par exemple la main de quelqu'un d'autre pour lui indiquer ce nombre. En dehors d'une atteinte du lobe frontal, l'anarthrie traduit également une lésion cérébrale en foyer au niveau de la zone du noyau lenticulaire.

 

Les autres symptômes survenant au cours du syndrome cérébral du lobe frontal sont (liste non exhaustive) :

  • des troubles du jugement
     
  • des troubles de l'émotivité
     
  • des troubles de la mémoire
     
  • un comportement déconcertant de la part du patient

 

 

Illustration : Randspringer

 

 

 

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